{"id":1927,"date":"2025-10-06T20:10:53","date_gmt":"2025-10-06T18:10:53","guid":{"rendered":"https:\/\/clubdiplomatique.be\/?p=1927"},"modified":"2025-10-06T20:33:34","modified_gmt":"2025-10-06T18:33:34","slug":"portrait-raoul-delcorde-le-dialogue-au-service-de-la-diplomatie","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/clubdiplomatique.be\/?p=1927","title":{"rendered":"Portrait Raoul Delcorde &#8211; Le dialogue au service de la diplomatie."},"content":{"rendered":"\n<p>Bruxelles La\u00efque \u00c9chos a r\u00e9cemment publi\u00e9 une interview de notre Pr\u00e9sident Raoul Delcorde, r\u00e9dig\u00e9e par Adam Gigan.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><em>Vieira de Mello&nbsp;<a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/portrait-raoul-delcorde\/#_edn1\"><strong>[i]<\/strong><\/a>\u00e9tait capable de dialoguer avec tous, y compris avec des interlocuteurs consid\u00e9r\u00e9s comme infr\u00e9quentables comme avec les Khmers rouges, et Slobodan Milosevic. Sa m\u00e9thode reposait sur une conviction : m\u00eame les pires acteurs m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre \u00e9cout\u00e9s, car refuser le dialogue revient \u00e0 s\u2019enfermer dans la logique de la guerre. \u00ab Il tentait de changer la logique de la guerre en lui substituant une logique qui na\u00eetrait d\u2019une dynamique de transformation, de dialogue, de recomposition&nbsp;\u00bb.<\/em><\/strong>&nbsp;<strong>(Extrait)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est dans le cadre \u00e0 la fois somptueux et chaleureux du lobby du bar de l\u2019h\u00f4tel The Hoxton, \u00e0 Bruxelles, avec ses fauteuils en cuir, ses tables basses, ce m\u00e9lange de conversations qui s\u2019entrecroisent dans plusieurs langues, un endroit feutr\u00e9, cosmopolite et chamarr\u00e9, que l\u2019ambassadeur honoraire Raoul Delcorde a accept\u00e9 notre invitation avec la politesse discr\u00e8te de ceux qui ont pass\u00e9 leur vie \u00e0 repr\u00e9senter leur pays \u00e0 l\u2019\u00e9tranger. Sa voix, pos\u00e9e et singuli\u00e8re, reste constante, sans \u00e9clats, ses mots, eux, sortent toujours avec justesse. Tr\u00e8s vite, la couleur de notre \u00e9change est donn\u00e9e :&nbsp;<em>\u00ab Si nous restons uniquement dans le rapport de force, la diplomatie s\u2019arr\u00eate. \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ambassadeur honoraire pour la Belgique en Su\u00e8de, en Pologne et au Canada, professeur et auteur, Raoul Delcorde incarne une figure rare : celle du diplomate devenu p\u00e9dagogue, qui continue de croire \u00e0 la vertu du dialogue alors m\u00eame que le monde semble se refermer sur ses fractures et fait face \u00e0 la (re)mont\u00e9e des r\u00e9gimes autoritaires et aux partis d\u2019extr\u00eame droite. De l\u2019Asie centrale \u00e0 Washington, des n\u00e9gociations onusiennes aux crises du Moyen-Orient, son parcours illustre l\u2019ampleur et la diversit\u00e9 des terrains diplomatiques qu\u2019il a travers\u00e9s. Partout, il a cherch\u00e9 \u00e0 d\u00e9fendre une conviction simple pourtant si \u00e9vidente : le dialogue, m\u00eame imparfait, ne resterait-il pas la seule alternative durable \u00e0 la confrontation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Son regard clair s\u2019anime quand il parle de ses \u00e9tudiants&nbsp;<a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/portrait-raoul-delcorde\/#_edn2\">[ii]<\/a>et de sa passion \u00e0 transmettre, ou lorsqu\u2019il \u00e9voque son&nbsp;<em>Manuel de la n\u00e9gociation diplomatique internationale<\/em>, qui fait d\u00e9sormais r\u00e9f\u00e9rence. Enseignant \u00e0 la fois la patience et l\u2019humilit\u00e9, il insiste : \u00ab Le diplomate ne vient pas imposer ses id\u00e9es, il vient cr\u00e9er une forme d\u2019empathie avec celui qui lui fait face. \u00bb Une d\u00e9finition qui \u00e9claire autant son parcours que la philosophie qu\u2019il transmet.<\/p>\n\n\n\n<p>De ses d\u00e9buts au Pakistan, o\u00f9 il rencontra les r\u00e9sistants afghans \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80, jusqu\u2019aux tensions commerciales entre Europ\u00e9ens et Am\u00e9ricains \u00e0 Washington, ses missions ont \u00e9t\u00e9 autant de laboratoires o\u00f9 s\u2019est forg\u00e9e sa vision du monde. Fort d\u2019un parcours men\u00e9 entre terrains de crise et n\u00e9gociations feutr\u00e9es, il voit dans le dialogue bien plus qu\u2019un principe th\u00e9orique mais une n\u00e9cessit\u00e9 concr\u00e8te, le dialogue est devenu son fil rouge, un outil incontournable qui permet de transformer les rapports de force en espaces de compr\u00e9hension. Et, dans un monde satur\u00e9 par le bruit et les fractures, il continue de d\u00e9fendre la conviction que les mots, quand ils sont justes et sinc\u00e8res, peuvent encore ouvrir des portes que la violence condamne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le dialogue dans sa carri\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il \u00e9voque ses d\u00e9buts, Raoul Delcorde d\u00e9pose un sourire comme si nous y \u00e9tions (comme un voyage dans le pass\u00e9) et que tout \u00e9tait encore pr\u00e9sent, malgr\u00e9 les ann\u00e9es. Nous sommes \u00e0 la fin des ann\u00e9es 80. Jeune diplomate en poste au Pakistan, il observe depuis Islamabad l\u2019ombre port\u00e9e par la guerre en Afghanistan. \u00c0 ce moment-l\u00e0, l\u2019Afghanistan voit le retrait de l\u2019arm\u00e9e sovi\u00e9tique, et les Moudjahidines, figures de la r\u00e9sistance, se regroupent aux fronti\u00e8res. \u201c<em>Je n\u2019ai pas rencontr\u00e9 Massoud, pr\u00e9cise-t-il, mais d\u2019autres grandes figures.\u201d<\/em>&nbsp;La sc\u00e8ne qu\u2019il d\u00e9crit est r\u00e9v\u00e9latrice de ce qui le marquera pour la suite : un diplomate occidental fra\u00eechement form\u00e9, face \u00e0 des r\u00e9sistants afghans aux codes et aux r\u00e9cits si diff\u00e9rents de l\u2019approche occidentale, et pourtant une rencontre rendue possible par la langue. Il avait ant\u00e9rieurement appris le persan, proche du dari (la langue nationale de l\u2019Afghanistan), ce qui lui ouvrit la porte d\u2019un dialogue authentique.&nbsp;<em>\u201cSi<\/em><em>&nbsp;vous faites l\u2019effort de parler la langue de vos interlocuteurs, l\u2019acc\u00e8s est plus facile\u201d,<\/em>&nbsp;dit-il. Ce principe s\u2019imposait d\u00e9j\u00e0 comme une \u00e9vidence, le dialogue ne commencerait-il par la reconnaissance de l\u2019autre, jusque dans sa langue&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, le d\u00e9cor a chang\u00e9, nous poursuivons notre voyage dans le pass\u00e9 \u00e0 Washington, fin des ann\u00e9es 90, au c\u0153ur de la pr\u00e9sidence Clinton. Raoul Delcorde est alors ministre-conseiller, charg\u00e9 des affaires \u00e9conomiques. L\u2019Union europ\u00e9enne se heurte aux \u00c9tats-Unis sur les OGM, le b\u0153uf aux hormones ou d\u2019autres diff\u00e9rends commerciaux. \u201c<em>L\u2019ambassadeur m\u2019a envoy\u00e9 rencontrer l\u2019USTR, une petite agence mais tr\u00e8s puissante<\/em>\u201d, raconte-t-il. Pas pour n\u00e9gocier officiellement, ce n\u2019\u00e9tait pas son mandat, mais pour tenter d\u2019expliquer et de faire comprendre, sans tomber dans la posture paternaliste. Il faisait face \u00e0 des interlocuteurs \u00e9tasuniens souvent binaires, pr\u00eats \u00e0 diviser le monde entre alli\u00e9s et adversaires, il s\u2019agissait de nuancer, de montrer que l\u2019Europe n\u2019\u00e9tait pas contre par principe, mais qu\u2019elle d\u00e9fendait d\u2019autres crit\u00e8res, d\u2019autres sensibilit\u00e9s, avec une approche diff\u00e9rente. Dans un premier temps l\u2019accueil fut froid, presque herm\u00e9tique mais \u00e0 force d\u2019\u00e9changes patients, quelques ouvertures se r\u00e9v\u00e9laient possibles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces deux souvenirs, l\u2019un sur une fronti\u00e8re instable d\u2019Asie, l\u2019autre au c\u0153ur de la premi\u00e8re puissance mondiale, forment un motif, une ligne conductrice. Fort de ces exp\u00e9riences, Raoul Delcorde en retire une conviction qui ne l\u2019a jamais quitt\u00e9e : le dialogue ne r\u00e9sulte pas seulement d\u2019un rapport de force ni d\u2019un exercice relevant de la persuasion, mais d\u2019un travail d\u2019empathie. Il ne s\u2019agit pas de convaincre \u00e0 tout prix, mais de cr\u00e9er un espace o\u00f9 l\u2019autre se sent reconnu, \u00e9cout\u00e9, respect\u00e9. Une le\u00e7on de diplomatie qui, pour lui, d\u00e9passe les contextes et les \u00e9poques.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sa philosophie du dialogue<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Quand on l\u2019interroge sur la diff\u00e9rence entre le d\u00e9bat politique tel qu\u2019on le conna\u00eet et le dialogue diplomatique, Raoul Delcorde prend le temps de r\u00e9pondre. Le mot&nbsp;<em>temps<\/em>&nbsp;est d\u2019ailleurs cardinal dans sa conception. \u201c<em>Le d\u00e9bat politique repose sur l\u2019assertivit\u00e9, la d\u00e9fense d\u2019un point de vue, parfois avec une dose de confrontation assum\u00e9e. Le diplomate, lui, n\u2019est pas l\u00e0 pour imposer. Il est l\u00e0 pour \u00e9couter, reformuler, faire \u00e9merger une compr\u00e9hension mutuelle, m\u00eame partielle.\u201d<\/em>&nbsp;L\u2019empathie n\u2019est pas une qualit\u00e9 accessoire pour lui, elle est au c\u0153ur m\u00eame de la fa\u00e7on de concevoir le dialogue, comme une m\u00e9thode. Ainsi que l\u2019\u00e9coute attentive, presque patiente dirais-je, qui se faisant, devient un outil de travail. Il r\u00e9p\u00e8te souvent \u00e0 ses \u00e9tudiants que le dialogue n\u2019est pas la victoire d\u2019un point de vue sur un autre, mais l\u2019exploration d\u2019un chemin commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a chez lui cette nostalgie discr\u00e8te pour une \u00e9poque o\u00f9 la diplomatie se pratiquait loin du tumulte num\u00e9rique. Il \u00e9voque par exemple les n\u00e9gociations qui mirent fin \u00e0 la guerre du Vietnam. \u201c<em>Kissinger venait en secret \u00e0 Paris, parfois sans pr\u00e9venir m\u00eame les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, et rencontrait Le Duc Tho dans une villa \u00e0 Neuilly. Cela a dur\u00e9 des ann\u00e9es, mais cela a fini par aboutir<\/em>.\u201d Dans sa voix, on sent le respect pour cette diplomatie de l\u2019ombre, fond\u00e9e sur la confidentialit\u00e9, la confiance et presque le secret. \u201c<em>Aujourd\u2019hui, dit-il, le secret est devenu suspect. Mais sans espace prot\u00e9g\u00e9, sans confiance, il est tr\u00e8s difficile de n\u00e9gocier quoi que ce soit.\u201d&nbsp;<\/em>\u00c0 l\u2019heure des tweets pr\u00e9sidentiels et des postures publiques, il s\u2019inqui\u00e8te de la perte de cette profondeur silencieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette vision du dialogue prend racine dans une \u00e9thique pr\u00e9cise fond\u00e9e sur le respect, la tol\u00e9rance et la compr\u00e9hension du monde de l\u2019autre. \u201c<em>Le compromis, ce n\u2019est pas la compromission<\/em>\u201d, insiste-t-il. L\u2019art de la n\u00e9gociation repose sur la capacit\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre des points incontestables chez l\u2019autre, \u00e0 c\u00e9der sur des d\u00e9tails pour davantage pr\u00e9server l\u2019essentiel. Ce qu\u2019il transmet \u00e0 ses \u00e9tudiants, c\u2019est que l\u2019enjeu n\u2019est pas de gagner une bataille d\u2019arguments, mais de pr\u00e9server une relation, m\u00eame en cas de d\u00e9saccord, ce qui fait \u00e9chos face aux tensions que l\u2019on connait aujourd\u2019hui.<\/p>\n\n\n\n<p>Enseignant (entre autres) la n\u00e9gociation diplomatique internationale, Raoul Delcorde aime rappeler que ce m\u00e9tier commence souvent par l\u2019\u00e9chec. Il cite Kissinger encore, qui a mis pr\u00e8s de cinq ans \u00e0 aboutir \u00e0 un accord avec le Vietnam.&nbsp;<em>\u201cUn d\u00e9saccord ne doit pas conduire \u00e0 l\u2019hostilit\u00e9, mais \u00e0 la recherche d\u2019un compromis<\/em>\u201d, r\u00e9p\u00e8te-t-il. Le dialogue, selon lui, ne serait pas un exercice d\u2019\u00e9loquence, mais plut\u00f4t un acte de patience. Un art du lien, en somme. Et il continue de d\u00e9fendre cette conviction, cours apr\u00e8s cours, g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Regard sur le monde actuel<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque nous \u00e9voquons la situation internationale, son ton se fait plus mesur\u00e9, presque soucieux, faisant disparaitre ce sourire d\u00e9pos\u00e9, dont nous parlions au d\u00e9but de ce portrait. Le multilat\u00e9ralisme, auquel il a consacr\u00e9 une partie de sa carri\u00e8re, est aujourd\u2019hui en crise profonde. \u201c<em>Le Conseil de s\u00e9curit\u00e9 de l\u2019ONU<\/em>&nbsp;<em>n\u2019est plus le cockpit du monde<\/em>\u201d, dit-il. Les vetos s\u2019y neutralisent, les agendas s\u2019y bloquent, et les grandes d\u00e9cisions en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 ne s\u2019y prennent plus. L\u2019ONU, fond\u00e9e sur le principe qu\u2019un \u00c9tat vaut une voix, se trouve concurrenc\u00e9e par de nouvelles institutions d\u2019influence comme les BRICS, plus informelles et moins contraintes par les valeurs universelles qu\u2019incarnait la conf\u00e9rence de San Francisco en 1945 (qui aboutit d\u2019ailleurs \u00e0 la cr\u00e9ation de l\u2019ONU). \u00c0 ses yeux, nous sommes revenus \u00e0 un monde de rapports de force, o\u00f9 Trump, Poutine, Xi Jinping et d\u2019autres dirigeants imposent leurs logiques bilat\u00e9rales au d\u00e9triment du collectif. M\u00eame l\u2019Union europ\u00e9enne, cens\u00e9e incarner une forme de multilat\u00e9ralisme interne, peine \u00e0 trouver une voix commune. Les divisions entre \u00c9tats membres, accentu\u00e9es par la mont\u00e9e de l\u2019extr\u00eame droite, r\u00e9v\u00e8lent la fragilit\u00e9 du projet europ\u00e9en quand il s\u2019agit de parler d\u2019une seule voix face aux grandes puissances.<\/p>\n\n\n\n<p>Faudrait-il alors c\u00e9der au cynisme et admettre que le dialogue n\u2019aurait plus sa place et l\u00e9gitimit\u00e9 ? Raoul Delcorde refuse cette th\u00e8se, lui qui conna\u00eet si bien les limites de la diplomatie : elle n\u2019a pas emp\u00each\u00e9 l\u2019invasion de l\u2019Ukraine, ni les massacres en cours \u00e0 Gaza. Mais il y voit une raison de plus pour la maintenir. Et comme il le dit \u201c<em>Toute guerre se termine par une n\u00e9gociation<\/em>\u201d. M\u00eame une n\u00e9gociation imparfaite, reprise apr\u00e8s des \u00e9checs, vaut mieux que l\u2019enlisement du conflit. Le rapport de force ne peut \u00eatre une fin en soi ; il n\u2019ouvre aucune perspective de paix durable. Le dialogue, au contraire, repr\u00e9sente ce temps long de la patience et de la pers\u00e9v\u00e9rance qui, t\u00f4t ou tard, redevient in\u00e9vitable et finit par payer. Dans sa voix, on peut deviner une conviction qui s\u2019est forg\u00e9e au fil des ann\u00e9es qui dirait que la diplomatie n\u2019est pas la garantie de la paix, mais que sans diplomatie, aucune paix n\u2019est possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette conviction est aliment\u00e9e aussi par des exemples qui l\u2019inspirent. Il cite avec admiration Sergio Vieira de Mello, diplomate br\u00e9silien et haut-fonctionnaire de l\u2019ONU, mort \u00e0 Bagdad en 2003 dans l\u2019attentat qui d\u00e9truisit les bureaux onusiens. \u201d&nbsp;<em>Il incarnait la foi dans une humanit\u00e9 commune transcendant les \u00c9tats et leurs int\u00e9r\u00eats fondamentaux<\/em>. \u201d dit Delcorde. Vieira de Mello \u00e9tait capable de dialoguer avec tous, y compris avec des interlocuteurs consid\u00e9r\u00e9s comme infr\u00e9quentables comme avec les Khmers rouges, et Slobodan Milosevic. Sa m\u00e9thode reposait sur une conviction : m\u00eame les pires acteurs m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre \u00e9cout\u00e9s, car refuser le dialogue revient \u00e0 s\u2019enfermer dans la logique de la guerre. \u00ab Il tentait de changer la logique de la guerre en lui substituant une logique qui na\u00eetrait d\u2019une dynamique de transformation, de dialogue, de recomposition&nbsp;\u00bb comme disait son \u00e9pouse Carolina Larriera \u00e0 son propos. En parlant de lui, Raoul Delcorde laisse percevoir une situation id\u00e9ale, celle d\u2019une diplomatie qui ne renonce jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019heure o\u00f9 les murs s\u2019\u00e9rigent, o\u00f9 les fronti\u00e8res se ferment et o\u00f9 les discours se crispent, il continue de croire aux ponts. C\u2019est une conviction presque obstin\u00e9e, qu\u2019il d\u00e9fend sans \u00e9clats de voix, avec le calme de ceux qui savent que le temps joue toujours en faveur de la parole. Dans un monde o\u00f9 domine le bruit, sa patience rime avec r\u00e9sistance.<\/p>\n\n\n\n<p>Somme toute, les guerres et les tensions s\u2019encha\u00eenent, les rapports de force dominent, les r\u00e9gimes autoritaires et l\u2019extr\u00eame droite s\u2019\u00e9tendent de plus en plus, opacifiant l\u2019importance du dialogue dans nos soci\u00e9t\u00e9s. De son parcours, il garde une certitude : m\u00eame dans les pires contextes, le dialogue finit toujours par s\u2019imposer comme la seule issue possible. Ici, il ne s\u2019agit pas de l\u2019illusion d\u2019une personne pacifiste mais de la conviction lucide d\u2019un diplomate : malgr\u00e9 la brutalit\u00e9 du monde, les mots gardent la force d\u2019ouvrir un espace de dialogue.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/portrait-raoul-delcorde\/#_ednref1\">[i]<\/a>&nbsp;Ancien haut-commissaire au Nations-Unies<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/portrait-raoul-delcorde\/#_ednref2\">[ii]<\/a>&nbsp;Raoul Delcorde enseigne comme Professeur invit\u00e9 \u00e0 l\u2019UCLouvain et \u00e0 l\u2019universit\u00e9 Senghor d\u2019Alexandrie. Il est \u00e9galement doublement acad\u00e9micien en tant que membre titulaire de l\u2019Acad\u00e9mie royale de Belgique ( Classe des Lettres et des Sciences morales et politiques) et membre associ\u00e9 de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences d\u2019outre-mer (France).<\/p>\n\n\n\n<p>Source: <a href=\"https:\/\/echoslaiques.info\/portrait-raoul-delcorde\/\">https:\/\/echoslaiques.info\/portrait-raoul-delcorde\/<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Bruxelles La\u00efque \u00c9chos a r\u00e9cemment publi\u00e9 une interview de notre Pr\u00e9sident Raoul Delcorde, r\u00e9dig\u00e9e par Adam Gigan. Vieira de Mello&nbsp;[i]\u00e9tait capable de dialoguer avec tous, y compris avec des interlocuteurs consid\u00e9r\u00e9s comme infr\u00e9quentables comme avec les Khmers rouges, et Slobodan Milosevic. Sa m\u00e9thode reposait sur une conviction : m\u00eame les pires acteurs m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre \u00e9cout\u00e9s, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"site-sidebar-layout":"default","site-content-layout":"","ast-site-content-layout":"default","site-content-style":"default","site-sidebar-style":"default","ast-global-header-display":"","ast-banner-title-visibility":"","ast-main-header-display":"","ast-hfb-above-header-display":"","ast-hfb-below-header-display":"","ast-hfb-mobile-header-display":"","site-post-title":"","ast-breadcrumbs-content":"","ast-featured-img":"","footer-sml-layout":"","theme-transparent-header-meta":"","adv-header-id-meta":"","stick-header-meta":"","header-above-stick-meta":"","header-main-stick-meta":"","header-below-stick-meta":"","astra-migrate-meta-layouts":"set","ast-page-background-enabled":"default","ast-page-background-meta":{"desktop":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"ast-content-background-meta":{"desktop":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"tablet":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""},"mobile":{"background-color":"var(--ast-global-color-5)","background-image":"","background-repeat":"repeat","background-position":"center center","background-size":"auto","background-attachment":"scroll","background-type":"","background-media":"","overlay-type":"","overlay-color":"","overlay-opacity":"","overlay-gradient":""}},"_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[9],"tags":[],"class_list":["post-1927","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-diplomatie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/clubdiplomatique.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1927","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/clubdiplomatique.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/clubdiplomatique.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clubdiplomatique.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/clubdiplomatique.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=1927"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/clubdiplomatique.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1927\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1931,"href":"https:\/\/clubdiplomatique.be\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/1927\/revisions\/1931"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/clubdiplomatique.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=1927"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/clubdiplomatique.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=1927"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/clubdiplomatique.be\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=1927"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}